Santé · rhume et toux

Poivre contre le rhume

Le poivre contre le rhume est un remède de grand-mère qui garde une utilité limitée mais réelle : le piquant fait couler le nez et les yeux, ce qui dégage les voies aériennes pendant quelques minutes, et une boisson chaude soulage la gorge. En revanche, aucun effet antiviral n'est démontré aux doses culinaires : le poivre ne raccourcit pas un rhume, qui dure de sept à dix jours quoi qu'on boive. Voici ce que valent les trois préparations classiques.

Ce qui est établi, ce qui ne l'est pas

Les données disponibles permettent de dire deux choses. Le piquant de la pipérine agit sur des récepteurs sensoriels de la bouche et de la gorge ; cette stimulation augmente la salivation et les sécrétions nasales, d'où l'impression très nette de nez qui se débouche. C'est une réaction réflexe, transitoire, qui n'agit pas sur le virus. Ensuite, la chaleur et le volume de liquide d'une boisson chaude apaisent une gorge irritée et compensent les pertes en eau liées à la fièvre et à la respiration par la bouche : cet effet est bien connu et il est indépendant du poivre.

Ce qui n'est pas démontré : que le poivre ou la pipérine réduisent la durée du rhume, la charge virale, la fréquence des épisodes, ou qu'ils remplacent un traitement. Des études suggèrent des propriétés anti-inflammatoires pour la pipérine isolée en laboratoire, mais on parle de concentrations sans rapport avec une tasse d'infusion. Les données restent limitées et n'autorisent aucune conclusion clinique.

Les trois remèdes traditionnels

Infusion miel, citron et poivre

De l'eau très chaude sans bouillir, le jus d'un demi-citron, une cuillère à café de miel, deux à trois tours de moulin de poivre noir. Le miel est la partie la plus étayée : il apaise la toux, en particulier chez l'enfant de plus d'un an. Le poivre ajoute la stimulation piquante. Moulez-le au dernier moment : la pipérine et les arômes filent vite, comme l'explique poivre en grains ou moulu.

Bouillon poivré

Le plus utile des trois, parce qu'il apporte de l'eau, du sel et de la chaleur en même temps. Un bouillon de volaille ou de légumes, généreusement poivré en fin de cuisson, éventuellement avec un peu de gingembre frais. Le poivre long râpé donne ici une chaleur plus longue et plus sucrée que le poivre noir, agréable quand le goût est émoussé. Quand on ne sent plus rien, une épice franche redonne au moins une sensation. La couleur du grain ne change rien ici, comme le montre poivre noir ou blanc : prenez celui que vous avez.

Lait doré

Lait, ou boisson végétale, chauffé avec du curcuma, une pincée de poivre et un peu de miel. Le poivre y a une justification technique : la pipérine augmente l'absorption de la curcumine, ce que détaille poivre et curcuma. Cela ne veut pas dire que la curcumine soigne le rhume, seulement que si vous buvez du curcuma, le poivre le rend biodisponible. Boisson réconfortante, pas médicament.

Ce que vous pouvez en attendre

Effet attenduRéalitéDurée
Nez dégagéOui, par réflexe lié au piquantQuelques minutes
Gorge apaiséeOui, par la chaleur et le mielEnviron 30 minutes
HydratationOui, c'est le principal intérêtDurable si vous buvez régulièrement
Toux calméeLe miel oui, le poivre peut au contraire la déclencherVariable
Rhume raccourciNon, aucune donnée
Effet antiviralNon démontré aux doses culinaires

Précautions

Le poivre inhalé est une mauvaise idée : respiré ou sniffé, il irrite la muqueuse nasale et les bronches, provoque éternuements et quintes de toux, et peut déclencher une gêne respiratoire chez une personne asthmatique. On ne poivre pas non plus au-dessus d'une casserole fumante en se penchant dessus. Chez l'asthmatique, les fumées d'épices sont un déclencheur reconnu de toux : aérez et tournez la tête.

En cas de reflux gastro-œsophagien, d'ulcère ou de gastrite, une boisson acide et poivrée aggrave souvent la brûlure : préférez un bouillon peu poivré, tiède, et lisez poivre, reflux et estomac sensible. Si la gorge est très douloureuse, le piquant fait mal sans rien apporter : laissez le poivre de côté quelques jours.

Chez l'enfant, prudence sur les deux ingrédients : le miel est contre-indiqué avant 1 an en raison du risque de botulisme infantile, et le poivre n'a rien à faire dans une boisson pour un nourrisson (voir le poivre pour bébé). Le piment, souvent proposé pour la même raison, est plus irritant encore et demande ses propres précautions : voir poivre de Cayenne. Enfin, ces préparations ne remplacent aucun traitement prescrit, et les compléments concentrés à la pipérine, qui interagissent avec plusieurs médicaments, n'ont pas d'intérêt ici.

Quand consulter

Un rhume banal évolue seul en une semaine à dix jours. Consultez sans attendre en cas de : fièvre au-delà de trois jours ou qui remonte après une amélioration ; essoufflement, respiration rapide ou sifflante ; douleur thoracique ; douleur d'oreille ou de sinus intense ; toux persistant plus de trois semaines ; crachats sanglants ; confusion ou somnolence inhabituelle. Chez le nourrisson de moins de 3 mois, toute fièvre justifie un avis médical le jour même, de même qu'une difficulté à boire ou une gêne respiratoire. Les personnes âgées, immunodéprimées, asthmatiques, BPCO ou enceintes doivent consulter plus tôt que les autres. En cas de doute sur un médicament en vente libre, votre pharmacien répond vite et gratuitement.

Questions fréquentes

Le poivre soigne-t-il le rhume ?

Non. Aucun effet antiviral n'est démontré aux doses culinaires. Le poivre peut dégager le nez quelques minutes en stimulant les sécrétions, mais il ne raccourcit pas le rhume.

Quelle quantité de poivre dans une infusion miel-citron ?

Deux à trois tours de moulin par tasse, soit environ un quart de gramme. Au-delà, la boisson devient agressive pour une gorge déjà irritée, sans bénéfice supplémentaire.

Peut-on donner une infusion au poivre à un enfant ?

Le poivre n'a pas sa place dans une boisson pour un nourrisson, et le miel est interdit avant 1 an. Chez l'enfant plus grand, restez sur une trace de poivre, et demandez l'avis du pharmacien.

Faut-il sniffer du poivre pour déboucher le nez ?

Non, jamais. Le poivre inhalé irrite la muqueuse nasale et les bronches, déclenche éternuements et toux, et peut provoquer une gêne respiratoire chez une personne asthmatique.

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